27 avr. 2012

Equilibrium

Film américain

Date de sortie: 2002

Réalisé par: Kurt Wimmer

Avec: Christian Bale, Sean Bean, Emily Watson, Taye Diggs...

Durée: 1h47

Genre: Action / Science-Fiction

Synopsis: Dans les années 2070, dans la citadelle de Libria, les émotions n'existent plus, supprimées par l'absorption quotidienne de Prozium. Cette drogue anti-anxiété rend les gens plus heureux et plus productifs. Les individus ont ainsi accepté de mettre de côté leur liberté pour vivre en harmonie avec leur dirigeant spirituel connu sous le nom de Père. Les personnes qui refusent de prendre leur dose sont considérées comme des rebelles et vivent en retrait de la ville. S'ils sont pris à jeun, c'est la peine de mort assurée.
John Preston travaille au service de Père et applique la loi à la lettre. Un jour, celui-ci brise le flacon de sa dose et n'a pas le temps de s'en procurer une de rechange. Il est alors submergé par toute une gamme d'émotions. Victime d'un revirement spirituel qui le confronte à ses supérieurs hiérarchiques, il mène l'enquête sur ce nouvel état de vie.
  


Alors que l’on connaissait « Big Brother is watching you » (1984), on découvre dans ce film un nouveau slogan qui décrit une nouvelle forme de dystopie : « Les sentiments sont la cause de tous les maux ». Cette phrase est criante de vérité : de tout temps l’homme n’a fait que réagir face à ses émotions, le conduisant souvent aux pires actes (guerres, meurtres.)  C’est ce que nous explique le début du film. Entraîné encore une fois, l’homme a engendré une troisième guerre mondiale qui a faillit décimer la population entière. Pour éviter qu’une telle catastrophe puisse survenir à nouveau, il a été décidé que tous les sentiments seraient bannis. C’est ainsi que tous les citoyens se sont retrouvés à prendre quotidiennement leurs doses de Prozium, une drogue qui annihile toute trace d’émotions. En plus de ce médicament, toute forme d’art qui pourrait fournir des sentiments est détruite. Donc si plus personne ne ressent plus rien, alors tout devrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Sauf que…. Et oui, sans « mais » il n’y aurait pas de film. Il existe des résistants, appelés déviants, qui refusent de perdre cette part d’humanité. Ils se sont regroupés en dehors de la ville principale, Libria, et vivent dans les « Enfers ». Leur but est de retrouver et protéger toute forme d’art : cela passe des tableaux à la musique, en passant par la littérature et divers objets de décoration.

Le film débute sur un de ces groupes de déviants. Le problème, c’est que la police arrive, accompagnée par deux recteurs du Grammaton (sortes de soldats trop forts, trop bien entraînés qui n’ont peur de rien), ce qui ne présage rien de bon. Cela se voit par les plans que l’on a sur les visages des deux recteurs, joués par Christian Bale et Sean Bean. Bale n’a pas un sourcil qui fronce, son visage est hermétiquement fermé alors que Bean laisse entrevoir qu’il a des émotions : tête baissée, regard qui fuit, front plissé, bouche ouverte en signe de consternation face au carnage qui va suivre. L’opposition entre les deux est magnifique. Cela va jusque dans les actes : Bale nous offre une séquence sublime où il décime dans une pièce totalement noire des déviants, avec son arme alors que Bean reste spectateur. L’effet rendu par les éclairs des balles sortantes est sublime. A la suite de ça, on découvre la cachette où sont entreposées les œuvres, dont la Joconde, qui partira en fumée. Bean a pratiquement les larmes aux yeux. Il n’en faut pas plus pour comprendre qu’il est lui-même un déviant.

La séquence qui suit nous dévoile le côté totalitaire de la cité de Libria. Les bâtiments sont gris, empruntés à l’architecture du 3ème Reich. Un drapeau rappelant fortement celui du nazisme flotte au-dessus des têtes, tandis que des télés géantes affichent Père, l’être supérieur qui prend soin de ses brebis, et qui sans cesse rabâche le même discours contre le danger des émotions. Père n’est autre qu’une version détournée de Big Brother. Les citoyens se ressemblent tous, ils marchent d’un même pas athlétique, ne se regardent jamais. Tous ont le même geste, celui de s’injecter le prozium dans le cou quand la cloche leur signale qu’il est l’heure. On pourrait croire à une société parfaite, mais l’on ne ressent que désolation en voyant ses images.

Bale est un homme important dans ce monde, de par sa position, mais aussi par son supériorité dans le maniement du kata armé : vous prenez les chorégraphies faites par les samouraïs, vous changez le katana par un pistolet, et vous obtenez une sorte de danse de la part du tireur. Cette technique redoutable permet à celui qui la manie de d’éviter les balles de ses adversaires, tout en faisant le plus de dégâts possibles. Ce personnage important va pourtant déchanter. Car ce que le film raconte, c’est la découverte des sentiments par Preston. Petit à petit, on voit le visage de Bale se fissurer pour afficher une émotion. Cela se fait progressivement, à mesure qu’il découvre de nouvelles sensations : la découverte d’une musique, le toucher (car tous portent des gants). Ces découvertes le transportent, mais le mettent également en danger. Son nouveau partenaire, tenace, avide de gravir les échelons, ne le lâchera pas et fera tout pour prouver que Preston est devenu un déviant. Ce dernier va se retrouver de nombreuses fois dans des situations périlleuses, nous faisant stresser, mais il s’en sort. Et cela grâce à sa technique du kata armé. On se dirige petit à petit vers une fin prometteuse, prévisible dans sa dernière séquence, mais qui n’en reste pas moins grandiose selon moi. Car à part cette scène prévisible, de nombreuses surprises nous attendent.

Ce film exploite une idée de base déjà vue mainte et mainte fois. Pourtant, l’originalité du sujet développé (les émotions), la réalisation et la performance des acteurs font qu’il se place au-dessus de bien des films. Le réalisateur et les scénaristes se sont bien sûr inspirés de grands classiques comme Fahrenheit 541 (Ray Bradbury), Le meilleur des Mondes (Aldous Huxley) et 1984 (George Orwell). Beaucoup comparent ce film à Matrix, à cause de longs manteaux noirs et des scènes chorégraphiées. Pourtant la ressemblance s’arrête là, et il serait stupide de rabaisser l’histoire à celle de Matrix.




Je vous conseille donc vivement de voir ce film, ou de le revoir avec des yeux nouveaux : si ce n’est pour l’histoire, alors pour la performance de Christian Bale qui m’a époustouflé.

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