14 févr. 2013

Kaamelott

Série française

Genre: Comédie, Historique

Durée: 7 min environ

Créée par: Alexandre Astier, Alain Kappauf, Jean-Yves Robin

Production: en hiatus: 6 saison (459 épisodes)

Avec: Alexandre Astier, Lionel Astier, Thomas Cousseau, Jean-Christophe Hembert, Franck Pitiot, Anne Girouard, Joëlle Sevilla, Simon Astier, Jacques Chambon etc.




Dans la famille des séries françaises, rares sont celles possédant un fort potentiel attrayant. Entre les productions policières de mauvaise prestation, les feuilletons au scénario tellement crédible qu’on se demande d’où ça sort et les mauvaises comédies qui donnent envie d’aller se coucher à 21h, on est bien mal lotis. Malgré tout, les dernières productions sorties laissent à penser que le niveau des séries frenchie pourrait remonter la pente, avec notamment les créations Canal +, ou autres  mini séries humoristiques. Et dans les séries qui sortent du lot, il y a Kaamelott.


Kaamelott, c’est la légende du roi Arthur revisitée à la sauce Alexandre Astier. Découpée en 6 Livres, la série nous présente tous les personnages de la légende mais sous un jour nouveau puisque la plupart d’entre eux sont totalement loufoques ou en décalage complet avec la réalité des choses. C’est d’ailleurs ce décalage qui fait l’attrait des personnages et qui permet également des dialogues drôles dont la finesse ont rendu certaines répliques cultes.  Mais Kaamelott, ce n’est pas seulement un mélange d’échanges comiques alliés à des situations cocasses, c’est avant tout un projet : celui de raconter la légende d’Arthur. Et cela passe évidement par une évolution de l’histoire, qui prend un réel tournant au Livre V.

Durant les quatre premiers livres la série joue sur des situations comiques, des jeux de mots, des incompréhensions, tout en distillant ici et là les prémices de l’histoire telle qu’on la connaît : l’amour de Lancelot pour Guenièvre, la lassitude qui prend possession d’Arthur face à ses devoirs et à la bande de bras cassés qui l’entoure, l’amitié entre le roi et son fidèle chevalier solitaire qui se fissure. Tout est là, sous-jacent, prêt à devenir plus sérieux et à rendre la série plus dramatique. Le Livre IV amorce ce changement, tout en restant dans la légèreté des débuts : les questionnements d’Arthur sont plus présents, les tensions ont éclaté au grand jour, le royaume de Logres semble sur le point de vaciller et les dieux sont en colère. Les choses ne s’arrangent guère dans le Livre V, et la série se tourne alors vers un côté plus psychologique, plus noir, plus tragique. Les personnages, qui s’apparentaient plutôt à des stéréotypes de guignols, peureux ou grosses brutes, prennent de la profondeur. L’intrigue autour d’Arthur et de Lancelot se renforce pour offrir un dénouement surprenant.




Le Livre VI reste le plus changeant, déroutant, celui qui partage les spectateurs. Parfois qualifié de non Kaamelott, voire de trahison par certains virulents, cette dernière saison n’en reste pas moins importante et excellente. Revenir sur la jeunesse d’Arthur à Rome était un pari dangereux, qu’Astier a su remporter. Même si au départ on est surpris par le changement de décors et de perspective, certains ont finit par accrocher à ce préambule, qui en plus d’expliquer comment Arthur est devenu roi et a su rallier ses chevaliers autour de lui, montre déjà un caractère plutôt dépressif chez le héros, faisant un parallèle entre le futur roi et César. Le rythme du récit est plus lent et posé mais cet effet rend compte du récit raconté, et va permettre de renforcer le ton dramatique du tout dernier épisode.

Le tour de force d’Astier est d’avoir su faire évoluer sa série, changeant le ton du départ tout en gardant l’essence de ses personnages. Si on passe de la comédie à un registre plus grave, on n’écarte pas pour autant le caractère cocasse, effronté ou peureux de certains, démontrant une progression pensée et maîtrisée de l’histoire. Ce développement se fait également par le biais de la réalisation. On passe d’un format de 100 épisodes de 3 minutes, qui correspond bien au côté humoristique du début (format utilisé pour toutes les mini séries du genre : Un Gars, Une Fille, Caméra Café, SODA, Scènes de Ménages etc.) à un format plus long pour les Livres V et VI, montrant un désir de tendre vers un projet cinématographique. La musique fait également partie intégrante de l’histoire. Elle évolue elle aussi, s’alignant parfaitement à l’ambiance du moment.




Kaamelott est une série française comme on en voit peu. Tantôt comique, tantôt tragique, on passe par toutes les émotions. Tous les aspects ont été travaillé minutieusement, que ce soit la réalisation, les textes, les décors et surtout les performances des acteurs. Il faut bien souligner ce jeu, fin, subtil, qui rend les personnages tellement vrai, au contraire d’autres séries françaises sous-jouée, avec ce jeu du visage et de la gestuelle qui n’est pas sans rappeler Louis de Funès ou un jeu théâtral. On notera également le genre de la série : Kaamelott tend vers l’heroic fantasy, avec son aspect médiéval et magique à la fois, permettant des références telles qu’Astérix, Star Wars ou Stargate pour les plus mémorables. Ce qui n’a pas empêché Astier d’inclure le scénario dans un réel contexte politique de l’époque, avec le déclin de l’Empire Romain, l’expansion du Christianisme, les divers royaumes se faisant la guerre ect. Cette contextualisation donne matière à des scènes formidables et permet également la venue d’une palette d’acteurs connus.


Ainsi Kaamelott a su prendre une place importante dans le paysage de la télé française, revenant sur un humour et des dialogues qui avaient fait les beaux jours du cinéma français dans le temps. En dépassant le stade de simple comédie, cette série montre que l’on peut mélanger les genres sans tomber dans le grotesque. On attend désormais la suite épique avec impatience, espérant que l’aventure continuera bien sur les grands écrans.

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