19 juin 2013

Le château d'Otrante

Auteur: Horace Walpole

Titre original: The Castle of Otranto, a Gothic Story

Traducteur: Francis Ledoux

Editions: Club français du livre

Genre: Gothique

Date de parution: 1964 (1764 date originale)

Résumé:  Le château d’Otrante est un drame plastique, la forme la plus amère, la plus rugueuse, mais aussi la mieux taillée du malheur en amour. Seuls immortels, les désirs vont leur chemin, malgré d’extraordinaires obstacles, malgré les rideaux du sang et les miroirs vides, la nature exclue, l’existence approximative, la vue inutile, les ancêtres vomis par l’Enfer, malgré la peur, l’héroïsme, la férocité, malgré le marbre des tombeaux et les squelettes, les désirs sans cesse au fil de la mort, cherchent à briser avec l’imaginaire.



Le Château d'Otrante, précurseur des romans gothiques, est un roman assez atypique à la lecture d'aujourd'hui. Walpole, outre d'utiliser pour la première fois des éléments littéraires qui deviendront les caractéristiques des romans gothiques, n'hésite pas à jouer avec plusieurs genres, dont la fable, le récit médiéval/chevalier et le drame Shakespearien (dont l'auteur fait mention dans son prologue), donnant au final un rendu particulier qui oscille dangereusement vers la farce. Ce côté farce est accentué par la prédominance des dialogues qui donnent l'impression de lire du théâtre, ainsi que par le grotesque de certaines situations. Notamment la mort dès le début de Conrad par la chute d'un heaume géant.

Le récit, lui, est simple, ponctué de quelques intrigues secondaires. Dynamique dans la forme, il s'accélère d'entrée, ne laissant guère de répit au lecteur qui doit suivre les différentes situations qui s'offrent à lui. Si le format court du livre permet une lecture rapide de l'histoire, le fait que tout s'enchaîne aussi rapidement démontre d'un côté brouillon dans l'écriture qui peut ennuyer ou perdre le lecteur. Le côté court rajoute également une autre faiblesse au récit: les personnages. Stéréotypés au possible, on ne parvient guère à éprouver de la sympathie, que ce soit pour les gentils trop gentils ou le père méchant. Ce dernier reste néanmoins le protagoniste le plus intéressant, car il casse la figure du père protecteur et aimant, mari fidèle. Bien au contraire, nous avons là le méchant égoïste, autoritaire et persécuteur, figure qui reviendra dans les romans gothiques qui suivront, en compagnie des femmes persécutées, du religieux, de l'amoureux transi ou de la belle.

Mais le personnage le plus important reste bien sûr le château: grand, large, oppressant, il possède de nombreuses tours, galeries, souterrains, ce qui le rend attirant et repoussant à la fois. Il est surtout le point crucial de l'histoire, puisqu'il est le théâtre des apparitions surnaturelles ainsi que l'enjeu majeur de l'histoire.

Outre ces précédentes caractéristiques gothiques, on retrouve donc la présence du surnaturel, ajouté par petites touches dans le récit et qui est lié au thème de la succession. Introduit par une prophétie, c'est ce thème majeur qui lance l'histoire, poussant les personnages à agir de telle façon.

Si la lecture du Château d'Otrante peut paraître difficile, laborieuse, ennuyeuse pour certains, elle n'en reste pas moins intéressante. On découvre les prémices des romans gothiques, avec les lieux et le décor (le château, le monastère, un pays exotique, des souterrains), les personnages stéréotypés (le méchant, la femme persécutée, la fille en péril, le jeune homme romantique à souhait, le religieux) et une intrigue qui mêle peur, horreur, romance, passion et mort.

En plus d'instaurer ces mécanismes littéraires, Walpole parvient à développer des thèmes intéressants, tels que la place de la femme dans la famille, la relation père-fils ou le lien entre romance-réalisme-surnaturel. 



De part son écriture et une histoire rapide, Le Château d'Ortrante peut décevoir, donnant l'impression d'avoir mal vieilli. Mais pour les amoureux du genre gothique, les lecteurs qui savent prendre du recul, cette lecture sera au final plaisante sans être néanmoins la lecture du siècle.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire