17 déc. 2014

J'irai Cracher sur Vos Tombes

 Auteur: Boris Vian

Edition: Le Livre de Poche

Genre: Contemporain

Date de parution: 2007


Résumé: Si vous le lisez avec l'espoir de trouver dans J'irai cracher sur vos tombes quelque chose capable de mettre vos sens en feu, vous allez drôlement être déçu.
Si vous le lisez pour y retrouver la petite musique de Vian, vous l'y trouverez. Il n'y a pas beaucoup d'écrits de Vian dont il ne suffise de lire trois lignes anonymes pour dire tout de suite : " Tiens, c'est du Vian ! " Ils ne sont pas nombreux, les écrivains dont on puisse en dire autant. Ce sont généralement ces écrivains-là qui ont les lecteurs les plus fidèles, les plus passionnés, parce que, en les lisant, on les entend parler.
Lire Vian, lire Léautaud, lire la correspondance de Flaubert, c'est vraiment être avec eux. Ils sont tout entiers dans ce qu'ils écrivent.Ca ne se pardonne pas, ça. Vian a été condamné. Flaubert a été condamné... Delfeil de Ton.



Après L’Ecume des jours, je voulais découvrir un autre titre de Boris Vian et mon choix s’est porté sur J’irai cracher sur vos tombes car ce titre m’intriguait énormément. Cette lecture fut particulière car Vian aborde des thèmes assez durs qui ne laissent pas indifférents.

L’histoire suit le point de vue du narrateur, Lee Anderson, personnage très flou au premier abord et dont on en apprend plus sur lui et ses motivations au fur et à mesure de la lecture. Lee est un personnage intrigant et ambigu qui entretient avec le lecteur un rapport étroit. En effet, si la narration en « Je » permet une proximité avec nous, son comportement et le fait qu’il ne se dévoile pas entièrement tout de suite mais entretient le mystère autour de sa vengeance nous le rend à la fois distant et proche. Charmant, drôle, attirant et repoussant à la fois on est fasciné par ce personnage qui nous apparaît très sûr de lui dans sa quête de vengeance. Cette dernière reste d’ailleurs un long moment mystérieuse ; Vian prend son temps pour nous la dévoiler, distillant des indices au gré des pensées de Lee qui nous fait part de sa haine. Ce sentiment est le moteur du récit : sans lui, il n’y aurait pas de vengeance.

Ici Vian nous emmène à sa manière sur les traces du racisme aux Etats-Unis, et des conséquences désastreuses qu’il engendre. Il ne nous offre pas un plaidoyer pour la tolérance ou l’acceptation de l’autre, mais se contente de dépeindre l’ignorance et les préjugés qui en sont les conséquences. Ce qui en découle, c’est un jugement sur la simple apparence et cela transparaît notamment dans les scènes de séduction et de sexe. Lee utilise son physique pour parvenir à ses fins, quitte à tomber dans la pédophilie. Rien n’est épargné au lecteur de ce côté-là, tout comme la violence qui s’ensuit. Avec de tels sujets on pourrait s’attendre à ressentir de la sympathie pour certains protagonistes, pourtant leur côté stéréotypé et leur comportement les rend plutôt détestable. On a l’impression de voir un défilé de bêtes sauvages qui laissent leurs désirs contrôler leurs faits et gestes. Entre alcool et sexe, ces jeunes représentent l’insouciance née du pouvoir : pouvoir du blanc sur les noirs, des riches sur les pauvres.

J’irai cracher sur vos tombes dépeint une image négative des Etats-Unis, et d’une société manipulée par ses propres pulsions. La lecture est intéressante, mais difficile pour ces aspects crus. On ressort avec une impression mitigée : c’est choquant mais la curiosité est là et on ne peut s’empêcher de continuer la lecture. C’est un roman qui attire et qui exerce une répulsion à la fois.



1 commentaire:

  1. J'ai eu beaucoup de mal avec L'écume des jours, je ne sais pas si je retenterais cet auteur tout de suite.

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